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lundi 23 juillet 2012

Les bienfaits du Truby - Episode 1

Encouragée par plusieurs écrivains autour de moi qui le trouvait utile, j'ai acheté récemment "Anatomie du scénario" de J. Truby. Comme beaucoup de livres traitant de la construction d'un récit, celui-ci a été écrit en premier lieu pour les scénaristes et non pour les écrivains. Cependant, Truby se veut vraiment général et au final décortique avant tout la manière de construire une histoire, et non pas celle de construire un scénario. Je n'ai pas fini de lire ce livre, dont j'essaie de me servir pas à pas sur mon (mes) roman(s) en cours (d'où ma lenteur de lecture). Mais le début m'a déjà permis de surmonter plusieurs blocages qui m'embêtaient depuis au moins un an. Rien que pour ça je vous recommande la lecture de cet ouvrage !

J'avais déjà "La Dramaturgie" de Y. Lavandier. Intéressant aussi, mais plus théorique, il ne m'avait pas vraiment aidée pour l'instant, sauf à mieux comprendre certains problèmes que j'avais rencontrés dans des romans que je bêta-lisais. Je pense donc que c'est plus un ouvrage à utiliser en phase de relecture, pour affiner les choses et comprendre d'où viennent les problèmes. Le Truby quant à lui peut bien sûr être très utile en phase de correction, mais il est clairement dédié en premier lieu à la phase de création.

Il propose des exemples, tout comme le Lavandier, qui aident beaucoup je trouve à comprendre les notions que l'auteur essaye de nous faire appréhender (j'ai d'ailleurs regrette à un ou deux moments justement l'absence d'exemple, car j'avais tout de suite plus de mal à déterminer ce que voulait me dire l'auteur). Mais avant tout, il propose une démarche concrète pour construire de manière solide son histoire. Je n'en suis qu'au début, mais pour l'instant cette démarche me convient bien. (Il parait que par la suite, il faut faire un peu plus le tri dans ce qu'il propose, mais que Truby dit lui-même qu'on ne peut/doit pas appliquer tout ce qu'il propose)

Dans ce billet, je veux aborder le premier exercice que propose Truby. En réalisant cet exercice, j'ai enfin compris pourquoi j'avais l'impression de ne plus inventer de romans qui m'inspiraient vraiment.
Il s'agit tout simplement de dresser une liste de tous les éléments qu'on aime trouver dans un roman/film, ou qu'on aime mettre dans ses propres histoires. Truby suggérait de faire d'abord une liste des scènes ou des personnages qui nous ont plus, puis d'en tirer l'élément dramaturgique général qui nous plaisait chez eux. Sans doute à cause de mon caractère de scientifique, j'ai directement sauté à la synthèse. ^_^
Cette liste m'a été très utile pour me rendre compte que je n'inventais plus d'histoire où je mettais ce qui me plait vraiment dans une histoire. C'est pour ça que je n'arrivais pas à laisser libre cours à mon imagination et à m'attacher à mes histoires. Je n'arrivais plus à inventer de péripéties intéressantes, de scènes avec un fort potentiel émotionnel, de personnages au BG approfondi tout simplement car je bridais mes envies, je ne savais plus reconnaitre ce qui me faisait vibrer dans une histoire.
Maintenant qu'elle est établie, cette liste m'est aussi très utile pour construire de nouvelles histoires. Je vais piocher dedans des éléments qui me parlent sur le moment, par rapport à l'embryon d'idée que j'ai pour la nouvelle histoire. Et puis je cherche comment ces éléments pourraient se concrétiser dans mon histoire. Vu que ce ne sont que des éléments que j'aime, ma Muse est absolument ravie de travailler là-dessus, et fonctionne tout de suite bien mieux !

Pour vous donner un petit exemple, voici les 20 premiers éléments de ma liste, que j'ai notés dans le désordre, comme ils me venaient :
1- des petites leçons qui aide à se construire
2- de l’humour au second degré
3- des personnages qui savent ce qu’ils veulent
4- des galeries colorées de personnages
5- des choix qui obligent à prendre les responsabilités qu’on a fui
6- des sacrifices quand ils sont la seule manière de respecter ses convictions
7- les fins heureuses
8- des histoires positives
9- des histoires entraînantes
10- des histoires à mystère
11- les héros torturés
12- les femmes indépendantes
13- les émotions
14- des univers dans lesquels on plonge
15- des personnages qui s’opposent mais doivent trouver des compromis pour s’allier
16- des intrigues politiques
17- des choix entre le devoir et les sentiments personnels
18- de la manipulation par les gentils
19- le danger que le personnage soit découvert alors qu’il est en territoire ennemi
20- les personnages qui ont la classe

mercredi 15 juin 2011

Les mécanismes du récit (1) : de la nécessité absolue des conflits

Comme annoncé dans mon message précédent, je débute ici une série de billets sur les enseignements et réflexions que je retire de ma lecture de La Dramaturgie : les mécanismes du récit, d'Yves Lavandier.

Je m'en viens donc vous parler d'un aspect essentiel des mécanismes qui régissent un récit : les conflits.
Je connaissais vaguement la théorie qui disait qu'il n'y avait pas d'histoire intéressante sans conflits, et le contre-argument récurrent qui apparaissait toujours "Mais pourquoi ne peut-on pas écrire une histoire qui parlerait de gens heureux ?". Eh bien, la réponse c'est qu'on peut tout à fait écrire une histoire intéressante qui parle de gens heureux, et pourtant elle contiendra toujours des conflits (si vous voulez qu'elle soit intéressante). Toute la nuance est dans la définition qu'on donne à "conflit". Il ne s'agit pas ici de la définition du langage courant qui s'apparente à "guerre, opposition, désaccord". La définition du conflit dans le cadre des mécanismes du récit englobe celle courante, mais elle est beaucoup plus large. Je la rapprocherais plutôt de "difficulté", bien que ça soit encore trop restrictif.

Un conflit, dans un récit, peut-être le fait de devoir sauver sa vie, de devoir faire le premier pas vers quelqu'un ou simplement d'avoir faim et de devoir prendre la peine d'aller jusqu'à la boulangerie pour s'acheter un croissant. Le conflit est tout simplement le fait de se retrouver dans une situation qui est inconfortable, que ça soit d'un point de vue physique, psychologique ou émotionnel. Avoir faim est un conflit mineur, tant qu'on a les moyens d'y remédier rapidement. Mais si sur la route jusqu'à la boulangerie, de nombreux obstacles se dressent (la voisine qui sonne au moment où le personnage va sortir pour lui demander quelque chose, le facteur qui le retient en bas de l'immeuble pour échanger les dernières nouvelles, une roue du vélo crevée à changer, un brusque orage sur le chemin,...), alors le conflit bénin d'avoir faim et de souhaiter un croissant se transforme en véritable frustration. Et l'histoire d'un gars heureux, qui peut très bien le rester d'ailleurs puisqu'un simple croissant ne remet pas en cause tout un bonheur, devient intéressante à raconter.

Mais pourquoi le lecteur va-t-il s'intéresser à une telle histoire, aussi banale ? Tout est dans le conflit, et dans l'identification qui se produit à travers lui. Au fur et à mesure que les obstacles vont se dresser devant notre personnage affamé, le lecteur va adhérer à sa frustration. Et alors que celle-ci grandira, le lecteur aura de plus en plus envie que notre personnage parvienne enfin jusqu'à la boulangerie, pour y assouvir sa faim. Le conflit est ce qui rend inconsciemment l'histoire intéressante, car on veut savoir comment il va être résolu. C'est aussi ce qui rend l'histoire "universelle", quel que soit l'enrobage qu'il y a autour, car il fait appel à des sentiments négatifs que tout le monde connait. La peur, la frustration, le malaise, etc. sont appréhendables par le lecteur même s'il n'a jamais vécu une situation identique à celle du personnage. Et l'instinct général est de vouloir échapper à ces émotions, donc le lecteur développe une empathie avec le personnage.

Cela m'amène au point le plus important à mes yeux concernant les conflits (car il s'agit du point sur lequel mes textes avaient une grosse faiblesse). C'est parce qu'un personnage rencontre des conflits que le lecteur va le trouver "vivant" et va s'attacher à lui. Si tout est trop simple pour le personnage, même face à une situation catastrophique, alors le lecteur n'adhère pas. Un guerrier fabuleux qui va risquer sa vie au coeur d'innombrables batailles, qui remporte de nombreuses victoires mais qui se fait blesser, ne déclenchera aucune sympathie ou même admiration de la part du lecteur si tout cela ne provoque en lui aucun sentiment négatif sus-cité. A l'inverse, si un méchant rencontre des difficultés à mettre ses plans en action, et que le lecteur constate la frustration que cela engendre chez lui, alors même s'il n'adhère pas aux principes/motivations du méchant, il ne pourra s'empêcher de désirer inconsciemment qu'il échappe à cette frustration, donc qu'il arrive à réaliser ses plans. Cependant, le conflit n'a pas forcément besoin d'être en lien direct avec l'action principale du récit. Si le but est simplement de créer une empathie entre le lecteur et le personnage, il suffit que le lecteur se rende compte que le personnage fait face à des conflits, peu importe lesquels.

En conclusion, un décor, une action, des personnages au caractère élaboré ne suffisent pas à faire un bon texte. Il faut emmener vos lecteurs émotionnellement dans l'histoire, ce qui se fait à travers les personnages. Et pour qu'il ait l'impression que vos personnages ont "de la profondeur", il faut tout simplement qu'ils se retrouvent face à des conflits. Peu importe qu'ils soient caricaturaux par ailleurs, si les conflits auxquels ils font face sont plausibles, ainsi que leurs réactions, alors ça marchera.
Et si on vous fait remarquer un jour que vos personnages secondaires font office de simples figurants et que vous avez envie de répondre "mais ils sont secondaires, je ne peux pas les détailler autant que les principaux", alors rappelez-vous qu'il suffira que vous confrontiez ces personnages à de petits conflits pour que l'impression d'avoir à faire à des figurants disparaisse. ;)

vendredi 10 juin 2011

Petit point sur mes activités littéraires (2)

Après l'écriture, je m'en viens faire un petit point du côté de la lecture.

- Il y a d'abord eu, le dernier weekend de mai, le festival des Imaginales à Epinal. C'est le premier salon littéraire auquel j'allais, et je ne regrette pas les 10h de trajet en train pour l'aller, ni le train de nuit pour le retour, que nécessite le trajet Toulouse-Epinal. Ce fut l'occasion de nombreuses rencontres, notamment avec les grenouilles de CoCyclics ! J'en ramène aussi de nombreuses dédicaces et une PàL (Pile à Lire) pour au moins six mois (voir point suivant). Les Imaginales sont vraiment une occasion merveilleuse pour découvrir plein de livres et d'auteurs. Mais aussi pour mieux connaître le milieu de la SFFF, grâce aux conférences et cafés littéraires organisés tout au long des quatre journées du festival. Bon, j'avoue ne pas avoir trouvé toutes les conférences auxquelles j'ai assisté d'un même niveau d'intérêt, mais ça permet tout de même de découvrir des choses quand on est une jeune écrivain débutante. :)

- Je m'en reviens donc d'Epinal avec une PàL non négligeable. A vrai dire, il y a de ça moins d'une dizaine d'années, elle aurait été terminée en moins d'un mois. Mais aujourd'hui, je ne trouve plus de temps à consacrer à la lecture. C'est pour moi une véritable torture. Le soucis que je rencontre, c'est que je ne sais pas m'arrêter lorsque je commence un livre qui me plait. Si je suis en vacances, avec la possibilité de faire des nuits blanches comme je veux, ça n'est pas un problème. Mais à défaut d'avoir cette opportunité, je m'interdis de commencer un livre plutôt que de me laisser embarquer alors que j'ai un boulot auquel je dois aller le lendemain matin. Et donc ma PàL ne descend pas vite... :'( Mais c'est pourquoi à Epinal je me suis laissée séduire par les novellas et les anthologies proposées par les éditions Griffe d'Encre. Ces formats de texte beaucoup plus courts sont mieux adaptés à mon manque de temps. Cependant, je me suis aussi laissée tenter par de gros pavés tels que Loar de Loïc Henry, ou encore Au Sortir de l'Ombre de Syven et Les Pousse-Pierres d'Arnaud Duval (aux éditions du Riez).

- Dernière lecture en cours, bien plus technique, il s'agit de La Dramaturgie, Les mécanismes du récit de Yves Lavandier (aux éditions Le Clown et l'Enfant). Il s'agit d'un ouvrage normalement destiné à ceux qui font de la dramaturgie (Lapalice...), c'est à dire les scénaristes de cinéma ou de théâtre essentiellement. Il décortique le fonctionnement d'un récit, ce qui permet d'accrocher et d'intéresser le lecteur. Mais justement cette approche très généraliste des mécanismes du récit le rend aussi intéressant pour un écrivain, si on oublie les quelques passages concernant spécifiquement la dramaturgie. Je l'ai à peine commencé (c'est tout de même un gros pavé, mais qui se lit plutôt facilement) et il m'a déjà permit de découvrir une faiblesse essentielle qui se glissait dans beaucoup de mes textes ! Un très bon point pour ce livre, c'est l'abondance des exemples. L'auteur ne se contente pas d'asséner un principe théorique, mais nous montre concrètement ce qu'il peut apporter à l'histoire, et ce que ça donne quand il n'est pas utilisé. Je compte faire une série de billets sur ce que j'aurais (re)découvert pour améliorer mes textes grâce à ce livre.